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Un « Petit Prince » argentin

Interview de Ezequiel Spucches, propos recueillis par Céline Viel
in La Gazelle n°25, janvier-mars 2013

Direction Buenos Aires : pour mieux pénétrer les mystères de cette ville mythique, il est peut-être plus sûr d’emprunter la voie du conte…
Entretien avec Ezequiel Spucches, créateur du spectacle.

Vous avez choisi un auteur phare de la littérature argentine, Manuel Mujica Láinez, qui a créé toute une mythologie autour de la ville de Buenos Aires. Par le biais de contes fantastiques, il cherche aussi à cerner la réalité de la ville…
Manuel Mujica Láinez appartient à la génération de Borges et fait partie des plus grands auteurs de cette génération. Le conte que nous mettons en scène, « Le petit bonhomme de Buenos Aires » est tiré d’un recueil intitulé « Misteriosa Buenos Aires » à travers lequel l’auteur a effectivement cherché à créer une sorte de mythologie fantastique de la ville. L’intrigue de chaque conte se déroule à un moment précis de l’histoire de la ville. Le premier conte se situe en 1536, date de la première fondation de Buenos Aires, au moment où les amérindiens et les espagnols sont en guerre. Ainsi, tout au long du recueil, on peut voir l’évolution de la ville. Le conte que nous avons choisi se situe en 1875, époque où de nombreux européens viennent s’installer à Buenos Aires. Cela transparaît dans l’invention de ce bonhomme confiné dans un carreau de céramique, lui même importé des faïences de Dèsvres. La capitale a vécu toute une période sous influence européenne. Cela se voit en particulier dans l’architecture, avec des immeubles très inspirés par les constructions haussmanniennes. Il y a donc une dimension réaliste très forte, mais ce qui est intéressant, c’est qu’elle s’exprime par le biais du fantastique. C’est vraiment propre à la culture argentine, et ce n’est pas évident à saisir. Mais les éléments improbables, irrationnels font partie inhérente du quotidien et interfèrent sans cesse avec le réel. C’est comme si l’œuvre des grands auteurs argentins cherchait à appréhender une réalité très difficile à cerner. Dès l’origine, si l’on remonte aux débuts de la conquête du pays par les espagnols, le territoire était mythifié. On croyait à l’Eldorado, on s’imaginait qu’il recelait des richesses fabuleuses. Cette tradition de littérature fantastique a continué à marquer les écrivains des générations suivantes, avec des récits très sombres, des contes noirs pour adultes. Il faut dire aussi qu’après les années 50, les coups d’état et la succession des régimes militaires ont interdit toute liberté d’expression. D’où le recours privilégié à des fictions fantastiques qui permettent d’évoquer la réalité sans être trop explicite.

Étrangement, c’est la mort, qui au début du conte, nous raconte l’histoire… 
En fait il y a un seul comédien-narrateur qui va prendre en charge tous les personnages. Il nous a semblé que c’était le choix le plus judicieux pour donner à entendre ce texte qui, en soi, a vraiment valeur de partition musicale. Cette présence de la mort est importante dans le conte et comporte une dimension autobiographique. Manuel Mujica Láinez a subi vers l’âge de 5 ans un accident qui a failli lui coûter la vie. Il est resté un moment entre la mort et la vie, et s’est trouvé alité pendant un an. Sa mère et ses tantes passaient leur temps à lui raconter des histoires pour faire passer le temps, et l’auteur explique que c’est cette expérience qui l’a déterminé à devenir écrivain. L’histoire du « petit bonhomme de Buenos Aires » est influencée par cet épisode de la vie de Láinez. Dans le conte l’enfant est gravement malade et la mort l’attend. Cette dernière entame donc le récit pour décrire comment elle s’est fait piéger par le bonhomme de céramique qui été devenu le confident et l’ami de l’enfant. Ce conte fait partie des grands classiques de la littérature en argentine, un peu comme « Le petit prince » en France. J’ai eu envie de l’adapter comme un conte musical car il nous parle aussi de Buenos Aires à l’époque où les musiques comme la Milonga et le tango commencent à se développer. Et puis l’histoire de ce bonhomme de céramique, importé de France, isolé dans son carreau de faïence, a évidemment touché les musiciens de notre ensemble qui réunis des solistes d’origine argentine établis en France. Nous avons fait le chemin inverse…

A l’image du texte de Manuel Mujica Láinez, la partition que vous avez conçue pour le spectacle s’inspire librement des musiques traditionnelles tout en soulignant les références géographiques et culturelles du récit…
Nous avons vraiment voulu écrire une musique qui soit subordonnée au texte, et qui dialogue sans cesse avec lui. Le travail pour cette pièce se rattache à l’univers de « tango transfiguré » qui incarne un des axes de travail que nous menons avec l’ensemble AlmaViva. L’idée est de faire entendre le tango et ses métamorphoses à travers une création originale inspirée de cette musique, mais avec un traitement résolument contemporain. Sur scène, un quatuor – flûte, violoncelle, guitare et piano- raconte tout aussi activement l’histoire que le narrateur. Le piano, par exemple, va évoquer le puits où la mort attend l’enfant. Ce puits a une valeur symbolique dans les maisons coloniales du XIXème siècle. Il est situé au cœur du patio. L’idée est de suggérer les lieux, en s’appuyant sur les jeux de lumière qui découpent des espaces successifs. Et les musiciens sont pleinement intégrés dans ce jeu.

Du 13 au 24 février 2013
« Hombrecito : Le Petit Bonhomme de Buenos Aires »
Théâtre | Musique | 8+ | AlmaViva Ensemble

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Le savoir du plus petit

Propos recueillis par Céline Viel in La Gazelle – le journal du théâtre Dunois – n°25

Le Teatro delle Briciole présente une version inédite du « Petit Poucet » qui met en scène des enfants choisis parmi le public. Convaincu que le Théâtre reste par excellence un lieu archaïque d’initiation, ces artistes italiens mènent depuis plus de trente ans des recherches passionnantes en direction du jeune public. Entretien avec l’un des membres du collectif : Flavia Armenzoni.

Un enfant pris au hasard dans le public pour incarner le Petit Poucet…  N’est-ce pas un choix risqué, surtout quand on s’adresse aux tout-petits ?  
En choisissant le conte du « Petit Poucet », nous avions envie d’approfondir le travail entamé avec notre précédent spectacle intitulé « La poupée dans la poche » : les enfants se retrouvaient déjà sur le plateau, au même niveau que les comédiens. Le défi consistait à expérimenter comment on peut passer du jeu d’enfant au jeu de théâtre. Ce que nous avons eu envie d’approfondir avec l’adaptation du « Petit Poucet », c’est le travail sur les rituels d’initiation. Nous vivons dans une société où le sens de ces rituels se perd, et nous pensons que le théâtre est par nature un art qui conserve une sorte de dimension archaïque. C’est sans doute lié au mystère de la présence qui se joue sur la scène, et qui collectivement, le temps d’une représentation, prend un caractère sacré. L’enfant qui va incarner le Petit Poucet va devoir traverser des épreuves, et surmonter sa peur de l’abandon. Le fait de quitter le public pour se retrouver sur le plateau l’oblige à affronter une peur réelle. Est-ce que ce qu’il vit à ce moment est vrai ? Est-ce que cet acteur qui joue en face de lui est un personnage ? Un homme réel ? N’oublions pas que cela concerne les très jeunes enfants, aux alentours de quatre ans. Chaque représentation est très différente du fait que le principal protagoniste change à chaque fois et que les comédiens ne peuvent anticiper ses réactions. De plus, l’enfant sur le plateau n’est pas traité en star. Il est avant tout perçu comme le représentant de la communauté présente dans le théâtre. …

Ce genre d’initiative suppose beaucoup de spontanéité, et pourtant elle ne s’improvise pas… 
C’est effectivement le fruit d’un constant travail de recherche. Nous avons toujours détesté les rôles où des comédiens adultes interprètent des personnages d’enfant. Mais faire monter des enfants sur un plateau n’a rien d’anodin et il est très important de bien comprendre comment les tout-petits peuvent réagir. C’est la raison pour laquelle pendant le travail de création, nous faisons déjà intervenir des enfants, que nous construisons le spectacle en testant leurs réactions. C’est une méthode de recherche continue et minutieuse. Nous sommes allés dans ce sens car nous cherchons à nous renouveler pour continuer à toucher le jeune public. Les enfants changent sans cesse et de plus en plus vite, et le théâtre destiné à la jeunesse est un domaine très sensible car on touche à la transmission du désir de théâtre. Il y a une volonté d’engagement politique car ce théâtre permet de s’adresser à tous, quelle que soit la classe sociale, et d’établir un lien vivant avec ce public. Cet engagement nous permet de nous sentir vraiment utiles.

Le Teatro delle Briciole a un statut original. Ce n’est pas à proprement parler une compagnie, mais un lieu de création qui accueille d’autres artistes et les sensibilise aussi à l’intérêt du jeune public. 
Nous avons d’abord monté une compagnie dont la vocation était la création de spectacles jeune public. C’était il y a trente cinq ans ! Aujourd’hui nous disposons d’un lieu de création et de production à Parme, et nous essayons de faire évoluer le théâtre jeune public en Italie. En ce moment, la situation de crise ne facilite pas les initiatives. Mais nous essayons d’impliquer d’autres artistes. Nous avons initié en 2010 un chantier de création intitulé « Nouveaux regards sur le jeune public ». L’idée était de confier à de jeunes équipes émergentes de la scène italienne qui travaillent ordinairement pour un public adulte, des spectacles destinés aux enfants. Nous avons retenus trois compagnies, dont le Teatro Sotterraneo, qui présentera au théâtre Dunois « La République des Enfants ». C’est une forme très originale qui, là encore, suppose la participation des jeunes. Deux comédiens proposent au public de fonder, le temps d’une représentation, une sorte de micro-nation. Les enfants, avec les artistes, vont se demander comment on peut fonder une démocratie. Les frontières de la cité sont concrètement délimitées par les murs du théâtre. Le peuple, c’est le public. Il décide des règles que la communauté devra respecter. Il se demande qui peut décider de faire respecter ces règles. Il faut voter… A chaque représentation, c’est donc très différent. Le spectacle a tourné dans toute l’Italie, parfois avec des salles de cinq cent enfants, ce qui est impressionnant. Les enfants éprouvent de manière vivante cette « citoyenneté » qu’ils appréhendent d’ordinaire de manière théorique dans les manuels scolaires. Ils comprennent que c’est à eux que revient la responsabilité de changer le monde, et c’est tout le sens de notre propre engagement.

Deux spectacle du Teatro delle Briciole voir au théâtre Dunois :
Du 8 au 11 janvier 2013 « La République des Enfants »
Du 12 au 20 janvier 2013 « L’ogre déchu »

La République des enfants

La République des enfants

Villes invisibles et rêves sonores

A partir du livre « Les villes invisibles » d’Italo Calvino trois classes, deux projets pour interroger en musique la notion de ville et imaginer leurs villes rêvées, leurs villes utopiques…

« Urbs, urbs, urbs »
Sous la houlette de la compositrice Marie-Hélène Bernard et de la chanteuse de l’Ensemble Aleph, Monica Jordan, les élèves construisent des séquences musicales à base de chant et de tuyaux sonores. Au fil des ateliers ils nous donnent leur vision de leur ville idéale. Le premier atelier a eu lieu aujourd’hui.
« Urbs, urbs, urbs
Nous sommes des citadins
Urbs, urbs, urbs
Nous sommes des citadines
Dans ma ville il y aura, dans ma ville il y aura… »
Projet mené de novembre 2012 à février 2013
avec les élèves de la classe de  CP A de l’école Baudricourt A (Paris, 13e), leur enseignante Sophie  Sophie Rapaport et la professeure de Musique de la Ville de Paris, Nathalie Busseuil).

« microOpéra* »
Aujourd’hui, nous avons également reçu les premières partition du compositeur Jean-Michel Bossini.


* « Comme son nom l’indique le microOpéra est une forme dérivée de l’opéra historique mais sur une durée n’excédant pas une dizaine de minutes. Cette notion accélérée, quasi urbaine dans sa précipitation temporelle et formelle (Paul Virilio) correspond aux rythmes de notre société actuelle au-delà de celle du spectacle, prisonnière d’un temps plus économique, lié à la consommation et à l’immédiateté ; cela n’empêche pas une réalisation de qualité créant un véritable sens culturel.
Le microOpéra est forcément pluridisciplinaire dans son état autant que dans son expression et se servira de l’ensemble des médias artistiques mis à sa disposition : ensembles musicaux en direct, scénographies, technologies de l’image, bandes sonores préenregistrées, emprunts possibles à l’Histoire de l’Art et du Cinéma, performances sous toutes ses formes (danse, par exemple).
(…) Le sujet tourne autour du Grand Paris, de l’urbain, de l’architectural et des nouvelles conditions sociales de la Ville. Un texte de référence est pour le moment pressenti : « Les villes invisibles » d’Italo Calvino, livre ouvrant sur un imaginaire créatif. »
Projet mené de décembre 2012 à juin 2013 avec :
– les élèves de la classe de CM1-CM2 de l’école des Grands Moulins (Paris, 13e), leur enseignante Carine Mahé et la professeur de Musique de la Ville de Paris, Nathalie Bricourt.
– les élèves de la classe de CM1 de l’école Guy Moquet (Ivry), leur enseignante Natalie Pessé et la DUMiste du Conservatoire d’Ivry, Mathilde Costel.

Quelques particularités de la littérature nordique

Avec :
Anna Svenbro, chargée des collections en langues et littératures scandinaves à la Bibliothèque Nationale de France
Christophe Laluque, metteur en scène du « Manuscrit des chiens 1 »
Stéphane Lambert, auteur de « Jon Fosse : Ecrire au bord du monde », Alternatives Théâtrales 2010.
Modération par Dominique Duthuit, journaliste

Le débat a porté sur la littérature de Jon Fosse et plus particulièrement sur sa littérature jeunesse.
En quoi cette littérature est imprégnée de la culture scandinave ?
Comment est elle intrinsèquement liée à l’ensemble de son œuvre ?
Quel champ d’écriture théâtral ouvre-t-elle au metteur en scène?

Quelle galère !

Même quand c’est fini ça continue…  les adolescents en redemandent, les questions fusent. Cet après-midi au théâtre Dunois une rencontre impromptue pour Loïc Le Roux (comédien jouant le rôle de Websterr le chien solitaire du « Manuscrit des chiens 1 : Quelle galère ! » de Jon Fosse) avec les collégiens de Thomas Mann (Paris 13e) .

  

Pause acrobatique


Sébastien Dault, équilibriste

Dernier week end pour découvrir les spectacles de la cie « la main d’oeuvres »
zeden2+ samedi 27 octobre à 18h et dimanche 28 octobre à 16h

Une présentation, des questions, des réactions.

Dans le cadre de la résidence d’artistes L’Art pour Grandir/Mairie de Paris au collège Elsa Triolet (Paris 13e) : Le récit scandinave à l’épreuve de l’adolescence.
1er atelier du metteur en scène Christophe Laluque.

Il interviendra pendant 6 ateliers dans la classe de 5e1 avec le comédien Marc Soriano afin de mettre en voix et de mettre en espace le texte de Jon Fosse, « Kant »

La séance commence par la présentation du spectacle mis en scène par Christophe Laluque,  » Le Manuscrit des chiens 1 : Quelle Galère !  » que les élèves viendront voir au théâtre Dunois le jeudi 15 novembre à 10h.

– La différence entre le rêve et la réalité est peut être plus mince qu’on le pense, affirme Christophe Laluque
– Ah NON ! s’exclame Emmanuelle.

Le débat est lancé, la séance va alors garder ce rythme.

Rires, peurs, réflexions, appréhensions, découverte de l’autre. L’autre, le camarade « qui, n’est pas son pote », et pourtant, celui avec qui on partage un dialogue, on échange des répliques, en s’appliquant pour jouer mais en voulant avoir l’air détaché… Néanmoins le rire nerveux rattrape rapidement cette nonchalance apparente.

Jon Fosse a dit : «Les êtres humains n’ont pas un caractère défini … Ce n’est pas nos identités mais nos relations qui mènent nos vies. Et il n’y a pas d’autre forme d’art que le théâtre qui permette de représenter le jeu de la communauté humaine. »

Cette classe semble représenter cette communauté, aussi fragile soit-elle, en pleine mutation, confrontée à l’évolution de chacun qu’impose l’implication théâtrale.