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Marionnette en début de carrière


Entretien avec Vy, marionnette de Michèle Nguyen pour le spectacle Vy

28 janvier 2011, au Théâtre Dunois.

Théâtre Dunois : Quel âge as-tu Vy ?

Vy : Je ne sais pas. De toute façon je ne vais pas vraiment grandir… (Hésitation). Disons que je commence ma première vie. J’en aurais certainement plusieurs, mais pour l’instant je m’appelle Vy.

Th.D : Depuis quand connais-tu Michèle Nguyen ? La considères-tu comme ta mère ?

Vy : Je connais Michèle depuis un an et demi. Je ne sais pas si c’est vraiment ma maman. En fait, je préfère dire que mon vrai père c’est Alain, Alain Moreau. C’est lui qui m’a crée. Et c’est chez lui que j’habite. Le problème, c’est qu’Alain a plein d’enfant et il n’a pas le temps de s’en occuper. Michèle est ma maman d’adoption. C’est elle qui prend soin de moi pour l’instant. Elle m’apprend tout, m’explique ce que je peux faire ou ne peux pas faire. Je ne l’écoute pas toujours, et ça l’énerve un peu. Mais elle est très douce avec moi.

Ca n’a pas été facile au début. Elle ne savait pas du tout comment s’y prendre et me faisait mal partout. J’ai eu des torticolis horribles ! J’en avais marre qu’on me torture. Je ne suis pas une marionnette ! Alain avait mal au cœur de nous voir comme ça.

Un jour elle m’a raconté une histoire. Et Michèle, tu sais, elle est vraiment très forte pour ça. J’aime bien l’écouter. Ce jour là, elle m’a raconté l’histoire d’une petite fille qui rêvait d’être facteur. C’est bien d’être facteur. On voyage beaucoup. Elle m’a dit : « tu sais: nous aussi on peut voyager. Si tu veux on peut aller raconter des histoires toutes les deux partout dans le monde ». C’est comme ça que notre histoire a commencé. C’est toujours une question d’histoire avec Michèle. Mais je sais que je ne resterai pas éternellement avec elle.

Th.D : L’histoire de cette petite fille qui veut devenir facteur est l’histoire d’enfance de Michèle Nguyen. Tu interprètes toi-même Michèle lorsqu’elle était petite. Est-ce que cela n’a pas été trop difficile pour toi ?

Vy : Non. Pas du tout. J’ai appris pleins de choses sur Michèle. C’est une histoire très forte. Toute son enfance, elle et ses frères et sœurs, ont habité en Belgique avec leur grand-mère, une femme très stricte et pas très gentille. Son père était loin et voyageait tout le temps. Michèle m’a beaucoup raconté cette histoire, tellement que j’ai l’impression que c’est devenu mon histoire. Je crois que Michèle aussi pense que c’est mon histoire. Je suis tellement parfaite pour le rôle : les cheveux courts, la peau jaune, le nez rouge. Je suis aussi très maladroite. On a un peu le même caractère elle et moi. On aime bien rêver.

Th.D : As-tu déjà pensé faire une séance de dédicace pour tous tes fans ?

Vy : Non pas encore. Je suis un peu timide. Parfois, après la représentation, j’aime bien me cacher derrière la porte et écouter ce que disent les enfants. Ils crient tous « Habibi Habibi !!! ». C’est ce que disait toujours la voisine de Michèle.

Une fois j’ai vu une petite fille qui pleurait. Je crois que l’histoire l’a beaucoup touchée. Je n’ai pas osé aller la voir. Mais je me suis promis que je le ferai la prochaine fois !

C’est bien de les regarder. J’aimerai bien être comme eux. Mais bon, on ne peut pas faire le facteur et être un enfant. Il faut savoir choisir. Je suis une aventurière moi !

Th.D : Quel est ton passage préféré dans la pièce ?

Vy : J’aime beaucoup le moment où je dois faire semblant de gifler Michèle ! (rire). C’est drôle parce que personne ne s’y attend. Mais je préfère par-dessus tout l’épisode de la grand-mère de Michèle qui fouille le soir dans la chambre des enfants et qui trouvent des poèmes de Michèle, signés Jacques Prévert ou La Fontaine, la décrivant grosse, moche et méchante. Michèle imite tellement bien la grand-mère. Je me retiens à chaque fois pour ne pas rigoler. Mais j’aime bien aussi les « moments d’émotion romantique » / « histoires d’amours ». Je n’ai jamais vu Ismaël, mais à la façon dont Michèle en parle, il a l’air d’avoir été un très très beau garçon.

Th.D : Comment te sens tu au Théâtre Dunois, et que fais tu en dehors des représentations ?

Vy : Ca va. Je ne m’ennuie pas trop. On sort un peu avec Michèle pour prendre l’air, et puis je lis. Quand Michèle se repose j’aime bien aller embêter Morane. C’est le régisseur. Il est gentil avec moi. Il a promis de m’amener à Nantes un jour. Un voyage de plus ! Qui sait, peut-être que nous irons un jour au Vietnam avec Michèle et Morane…

Th.D : Veux-tu rajouter quelque chose avant de terminer ?

Vy : Oui peut-être … Je peux faire une annonce ? Merci. Alors, je voudrais dire à la petite fille blonde qui était assise au premier rang la dernière fois, qu’elle avait de très beaux collants. Michèle adore les collants et je voudrais lui en offrir pour son prochain spectacle. Si elle se reconnaît, pourrait-elle me dire où je peux en acheter ?

Entretien réalisé par Elsa Nadjm

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