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L’oeil du Cyclope

Marco Codjia-Fada, slameur bordelais, est l’auteur des textes de la pièce Et alors si je savais, créé par la Compagnie Fabre Sènou. Nous revenons avec lui sur ses textes.

Théâtre Dunois : La pièce commence avec une figure assez particulière et effrayante, celle du cyclope. Peux-tu nous en dire plus ?

Marco Codjia-Fada : Je fais référence à l’expression : l’œil du cyclone. C’est dans le cyclone, le centre du tourbillon, un endroit de calme au milieu d’une tempête. L’œil du cyclope est un jeu de mot avec l’œil du cyclone. L’œil du cyclope c’est l’Occident. C’est un endroit de calme relatif au milieu d’une tempête. L’Occident est un endroit préservé par rapport au reste du monde où la vie est plus dure et plus brute. C’est pour ça que ce texte ouvre la pièce. Il donne un point de vue de l’Occident, et surtout un point de vue de certains Africains qui désireraient venir ici au calme. Mais l’Occident n’est pas un pays calme, il est lui aussi sauvage. Un calme relatif y règne dans lequel il faut connaître les codes. Dans le dernier texte de la pièce je parle du trajet d’un Africain qui, après de nombreuses années, se sent bien ici. Alors évidemment il est possible de se sentir heureux en étant africain en France, et en Occident en général, mais ça n’est pas du tout une évidence. On peut très bien vivre des choses traumatisantes.

Th.D : C’est ce qui est d’ailleurs agréable dans la pièce, tu n’as pas un discours tranché et caricatural.

M. C-F : Bien sûr. Dans la mesure où on est quatre, avec quatre discours assez différents, mon discours ne pouvait être univoque. Il était nécessaire de mettre de la distance. Par exemple, je n’ai jamais écrit des textes aussi cool que ça. J’ai dû moi aussi m’adapter dans mon écriture au propos général de la pièce. Je ne fais que des allusions, alors que d’habitude je vais beaucoup plus loin dans l’âpreté. Je dis les choses plus clairement. Là, je les ai un peu cachées, pour que ce soit écoutable par le plus grand nombre et pour que cela convienne aussi au discours de Norbert, Caroline et Mathias.

Th.D. : Une autre figure qui apparaît dans tes textes et celle de « l’homme pressé ». Peux-tu nous en dire plus ?

M. C-F : L’homme pressé est un mec qu’on a vu à Cotonou. Norbert m’a raconté son histoire et j’ai eu envie d’écrire sur lui. C’est un fou qui marche dans la rue torse nu, en guenille. Il marche tout droit, hyper vite. Il ne s’arrête jamais. Il ne regarde personne. Dans la pièce cette partie là est jouée sur le principe d’« un-deux-trois soleil ». C’est-à-dire que je dis le texte face au public. Norbert, Mathias et Caroline dansent derrière. Quand je me retourne ils s’arrêtent. Cette scénographie sert le texte. Ce mec qui semble très dynamique, est comme beaucoup de fous et de clochards, quelqu’un d’immobile. Dans le texte je dis que l’homme pressé est un monument. On le retrouve toujours quand on revient. Dans une ville les clochards sont toujours là dans la rue, ce sont les seuls que tu croises et  recroises. Ce sont eux finalement qui  jalonnent ton rapport à la cité. C’est un souvenir, comme une plage, comme un soleil couchant.

Th.D. : Dans toute la pièce tes textes rythment le mouvement comme de vraies percussions. Les rimes et les allitérations jouent le même rôle que les instruments de Mathias.

M. C-F : Dans ce que je fais, et par correspondance avec ce que fait Mathias et les autres aussi, le rythme est très important. Il n’y a pas de musique dans la pièce. A part peut-être sur la partie du looper de Mathias, où il empile les sons. C’est un choix de ne pas avoir utilisé de musique enregistrée. Donc, que ce soit avec le texte, dans la musique des mouvements, il faut qu’on impose un rythme. C’était assez difficile à envisager au début. C’est la première des contraintes. Moi je crois, et on croit tous, que tout est rythme, tout est musicalité. Il y a beaucoup de personnes qui font ça, notamment dans Dancer in the Dark, où Björk jour le rôle d’une ouvrière aveugle. Dans le film tous les bruits des machines deviennent musique.

Th.D. : Vous terminez le spectacle sur cette question : « Tu te demandes qui tu es ? »

M. C-F : En fait, ce n’est pas vraiment une question. On impose aux spectateurs de se poser la question. Oui,  un spectacle sans question est de fait prosélyte, et ça ne nous intéresse pas. Evidement quand on aborde les problématiques de frontières, de traditions, on est obligé de poser des questions, on ne peut pas affirmer des choses, puisque tout est perpétuellement en mouvement. On peut jalonner notre réflexion d’idées, de bornes de pensées. De toute façon se poser des questions est la seule chose intéressante. Répondre n’a aucun intérêt. Il faut poser les bonnes questions.

Et alors…si je savais? se jouera au NECC de la Maison-Alfort les 27, 28 et 29 mars 2011.

Entretien réalisé par Elsa Nadjm

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Le slameur, un griot contemporain.

Marco Codjia Fada répond à Birago Diop

Ceux  qui sont morts ne sont jamais partis

Ceux qui sont vivants s’en iront toujours

Ils sont dans l’ombre qui s’éclaire

Ils sont dans l’image qui s’estompe

Ils sont dans l’ombre qui s’épaissit

Et dans le fantasme qui s’oublie

Les morts ne sont pas sous la terre

Les vivants ne sont pas ici

Ils sont dans l’arbre qui gémit

Ils sont seuls dans l’amour d’un soir

Ils sont dans le bois qui frémit

Ils sont dans la trame de l’histoire

Ils sont dans l’eau qui coule

Ils sont dans le taxi qui part

Ils sont dans l’eau qui dort

Ils sont blancs ou bien ils sont noirs

Ils sont dans la case, ils sont dans le feu

Ils sont dans la case, ils sont dans la foule

Les morts ne sont pas morts.

Les vivants sont vivants et parfois, moi,

Je me sens seul.

Extrait de Bigaro DIOP et texte de Marco Codjia Fada

Quand les codes de la danse classique se confrontent aux codes de la danse Zinli.

Avant l’arrivée de la Compagnie Fabre Senou du 9 au 20 mars au Théâtre Dunois, voici une vidéo d’ALEKPEHANHOU: plus communément appelé « roi du zinli rénové  » il invite Caroline Fabre à danser pour lui…

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