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Au fil… des histoires

Rencontre avec Elsa Solal, auteur du texte des Contes à ouvrir le temps-Chantier Théâtre (présenté du 23 mars au 3 avril au Théâtre Dunois).

Théâtre Dunois : Que retiens-tu de ton travail avec le Chantier Théâtre ?

Elsa Solal : C’est d’abord l’histoire d’une rencontre avec Florence Lavaud, metteur en scène, et avec son équipe, avec des gens, un public, un territoire, et la volonté d’inscrire le théâtre dans un lieu de vie et dans le monde ! J’aime beaucoup écrire pour quelqu’un, ici , écrire pour deux comédiens que je trouve excellents! C’est un plaisir, en sachant qu’il y aura un vrai travail de mise de scène, c’est encore un plus grand plaisir, une belle aventure…

Th. D : Avant d’écrire la pièce, la compagnie et toi êtes allées récolter des légendes en Dordogne puis en Bretagne. Qu’est ce qui t’a le plus marqué dans cette démarche?

E.S : Cette démarche : c’est un peu comme être aux aguets, mener une enquête, aller à la rencontre des gens, écouter la manière dont ils racontent les contes et les légendes, la façon dont ces histoires les ont nourris…

J’ai souvent, dans mon chemin, travaillé sur les mythes, c’est une matière extraordinaire; j’aime chercher dans l’écriture, les points de rencontre et de rupture entre les langues, les époques, les traditions et la modernité, les récits fondateurs et l’actualité. Ecrire c’est toujours une démarche de recherche, de recomposition d’une mémoire : faire avec sa part d’oubli ou de métamorphose …

Pour répondre à ta question, il y a des temps différents, ceux de la rencontre et des interviews, celui de la digestion et de l’écriture solitaire, mais bien sur qu’il y a des éléments racontés que l’on retrouve dans le texte! Puis il y a une sorte d’alchimie… qui se produit après les rencontres: l’écriture puis la mise en scène, puis les allers-retours,  le public… c’est magique !

Th. D : Y a-t-il des récits qui ont attiré ton attention?

E.S : Les arbres en Dordogne… m’ont raconté plein d’histoires.  Ce qui importe c’est le passage, la circulation, la transformation, le mouvement de ces histoires, qui ne sont jamais fixées sur une identité rigide, mais se réinventent au fil du temps et des gens qui les racontent… les contes nous arrivent à travers plusieurs siècles; ils sont l’immense réservoir accumulé par une civilisation. C’est cette richesse que nous retrouvons dans les phases successives de ce travail: récit oral, transmission, écriture, mise en scène et de nouveau oralité du théâtre…

Th. D : Dans quelle mesure le corpus d’histoires récolté t’a t-il servi pour écrire la pièce?

E.S : Mes lectures, mes recherches, les interviews faites, les rencontres, mes rêves, la peinture, des dessins, la musique, tout sert…L’écrivain met tout dans sa marmite…

Après il faut doser, et encore une fois réinventer. Une scène de la pièce vient d’un rêve d’une petite fille, le personnage de la dame blanche et la forêt viennent de Dordogne, l’Ankou : la mort,  la sirène de Dahut et les korrigans viennent de Bretagne, le maître du temps vient d’Orient  et l’histoire de la quête du jeune homme est universelle …

Th. D : Dans quelle mesure t’es-tu détachée de toutes ces histoires?

E.S : Je me suis détachée, dans la réinvention de la forme traditionnelle du conte au théâtre, comment garder ce cadre, et trouver des points d’écart? Comme le conteur par exemple ami du héros, le héros et son rapport à l’histoire, sa révolte; le narrateur qui ne peut plus raconter, les décalages et mises en abîme dans la langue, les scansions fréquentes et déterminantes comme dans les « Milles et une nuits », – ici  utilisées pour marquer la modernité d’un feuilleton au théâtre.

Th. D : Quelle place tient le jeune public dans ton adresse d’écrivain ? Qu’est ce qu’écrire pour le jeune public selon toi ?

E.S : J’avais déjà écrit un texte sur une commande d’Agnès Desfosses et j’avais ressenti cette même joie : à entendre rire, ou crier de peur, ou s’attendrir une salle d’enfants, avec leurs parents parfois, et ce lien qui passe entre la scène et la salle…et entre eux. Là aussi c’est un grand bonheur, de sentir tout cela, mais c’est un travail d’une grande exigence, presque encore plus difficile que d’écrire pour des adultes. J’ai aussi écrit pour France Culture des textes pour jeune public,  j’ai écrit un roman « Olympe de Gouges » dans une très belle collection d’Actes sud junior, (ceux qui ont dit non), et j’en prépare un pour septembre sur les amérindiens. Le jeune public c’est un public comme le public adulte, mais en plus sensible, plus exigeant encore!  Mais si généreux!

Interview réalisée par Elsa Nadjm

Elsa Solal:

Dernière parution : « Olympe de Gouges », Actes Sud junior, A Paraître en septembre : « Non au massacre des indiens » Actes Sud junior.