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RENCONTRE – Art d’habiter, intimité et rapport aux objets

Samedi 22 novembre, à l’issue de la représentation de HOME // EV – Mondes intimes, la compagnie Litécox a rencontré le public du Théâtre Dunois. L’échange, animé par Matilde Valenciaca et Lydia Zeghmar de l’association pour la promotion des danses et musiques du monde Ethnomusika, a permis de mettre en lumière les interrogations qui ont nourri la création. Source d’inspiration, l’oeuvre de l’architecte-designer Charlotte Perriand, a permis à Daisy Fel, chorégraphe du spectacle, de questionner  le rapport que nous entretenons à l’habitat et aux objets. C’est à travers le mouvement des corps et leurs interactions avec l’univers géométrique et coloré du décor que l’appropriation des espaces trouve ici sa source.

L’intégralité de la rencontre est disponible à l’écoute en suivant ce lien!

Comment Donner aux enfants accès à des principes philosophiques

Intervention de Daniel Gostain (professeur des écoles) pendant la table ronde du 26 Janvier dernier, où il nous explique la mise en place dans sa classe de « moments philosophiques ».

Des images qui traînent…

Entre photographie argentique et cliché numérique, entre rêverie et travail plastique, Agnès Desfosses, photographe et Laurent Dupont, metteur en scène, nous content en images des histoires de fraternité.

Falaises du nord de la France 

Immeuble de Villiers-le-Bel (lieu de résidence de la compagnie), retravaillé par David Livier 

Moi seul


Qui ? Quoi ?

On creuse en toi.

On, ça, ou rien
Ou bien le il.

C'est plutôt ça
Que on ou il
(D'ailleurs, au il
Tu ne crois pas).

C'est plutôt rien
Parce que rien
Ca creuse aussi,
Ca creuse bien.

Ca a du temps,
Des puits de temps
A consacrer
Au mal des autres,
Des plus que rien.

Guillevic, Etier suivi de Autres, Poésie Gallimard, 1979 

Moi seul, du 12 au 23 octobre 2011 au Théâtre Dunois.

SLAM sur Radio C.L.Y.P.E !

Après avoir passé une semaine au Théâtre Dunois avec le slameur Marco Codjia Fada et les danseurs Caroline Fabre et Norbert Senou, les élèves de 1ere Bac pro électro-technique du lycée Bachelard ont enregistré leur slam sur radio    C.L.Y.P. E.

Ecouter l’émission

Danser la neige

La Reine :
Dis, tu es malade ?

Blanche-Neige :
Quelle question, quand vous n’avez
que vœux de mort pour la trop belle
qui blesse à tout instant vos yeux.
À quoi servent ces doux regards.
La bonté qui sort toute aimante
de vos yeux n’est que faux-semblant.
Votre douceur de ton est feinte.
La haine habite votre cœur.
Vous avez mandé le chasseur
pour moi, pour qu’il lève sa dague
sur ce visage haï de vous.
Suis-je malade, dites-vous ?
Railler va mal à bouche douce.
À ne plus craindre d’offenser,
douceur s’aigrit en raillerie.
Malade, moi ? Non, je suis morte.
La pomme empoisonnée fait mal,
oh oh, si mal, et de vous, Mère,
c’est de vous que je l’ai reçue.
Malade, alors, moi, raillez-vous ?

La Reine :
Quelle erreur, tu es malade, oui,
gracieuse enfant, vraiment malade.
À coup sûr l’air frais du jardin
te fera du bien. Je t’en prie,
ne livre pas à ces pensées
ta chère et faible tête. Sois calme.
Que ton esprit cesse d’errer.
Prends du mouvement, saute et cours.
Chasse en criant le papillon,
gronde l’air s’il n’est pas assez
chaud. Sois enfant, et d’ici peu
tu auras perdu la couleur
qui, tel un linceul blafard, couvre
ton visage rose. Repousse
toute idée de péché. Il faut
oublier le péché. Peut-être
j’ai péché contre toi, jadis.
Qui voudrait y songer encore ?
De tout chagrin l’oubli est prompt
dès que s’offre un amour auquel
penser. Mais tu ne pleures pas ?

Blanche-Neige :
Il faut bien que je pleure à voir
votre hâte à rompre le cou
au passé comme vous voulûtes
me le rompre. Il faut pleurer, oui,
sur le péché de cet oubli
qui veut flatter. Oh, vous donnez
des ailes au péché, mais il
vole mal, ses deux ailes neuves
ne lui vont pas. Et le voici
tout près, devant moi, devant vous
et vous voudriez, cajoleuse,
vous en jouer, il est si tangible
que jamais je ne l’oublierai,
pas plus que vous qui le commîtes.
Chasseur, juras-tu pas ma mort ?

Extrait de « Blanche neige » de Robert Walser. Texte qui inspire l’adaptation « je suis neige » par la Compagnie Picomètre.

Séances :

Samedi 28 mai 2011 18h00

Dimanche 29 mai 16h00

L’oeil du Cyclope

Marco Codjia-Fada, slameur bordelais, est l’auteur des textes de la pièce Et alors si je savais, créé par la Compagnie Fabre Sènou. Nous revenons avec lui sur ses textes.

Théâtre Dunois : La pièce commence avec une figure assez particulière et effrayante, celle du cyclope. Peux-tu nous en dire plus ?

Marco Codjia-Fada : Je fais référence à l’expression : l’œil du cyclone. C’est dans le cyclone, le centre du tourbillon, un endroit de calme au milieu d’une tempête. L’œil du cyclope est un jeu de mot avec l’œil du cyclone. L’œil du cyclope c’est l’Occident. C’est un endroit de calme relatif au milieu d’une tempête. L’Occident est un endroit préservé par rapport au reste du monde où la vie est plus dure et plus brute. C’est pour ça que ce texte ouvre la pièce. Il donne un point de vue de l’Occident, et surtout un point de vue de certains Africains qui désireraient venir ici au calme. Mais l’Occident n’est pas un pays calme, il est lui aussi sauvage. Un calme relatif y règne dans lequel il faut connaître les codes. Dans le dernier texte de la pièce je parle du trajet d’un Africain qui, après de nombreuses années, se sent bien ici. Alors évidemment il est possible de se sentir heureux en étant africain en France, et en Occident en général, mais ça n’est pas du tout une évidence. On peut très bien vivre des choses traumatisantes.

Th.D : C’est ce qui est d’ailleurs agréable dans la pièce, tu n’as pas un discours tranché et caricatural.

M. C-F : Bien sûr. Dans la mesure où on est quatre, avec quatre discours assez différents, mon discours ne pouvait être univoque. Il était nécessaire de mettre de la distance. Par exemple, je n’ai jamais écrit des textes aussi cool que ça. J’ai dû moi aussi m’adapter dans mon écriture au propos général de la pièce. Je ne fais que des allusions, alors que d’habitude je vais beaucoup plus loin dans l’âpreté. Je dis les choses plus clairement. Là, je les ai un peu cachées, pour que ce soit écoutable par le plus grand nombre et pour que cela convienne aussi au discours de Norbert, Caroline et Mathias.

Th.D. : Une autre figure qui apparaît dans tes textes et celle de « l’homme pressé ». Peux-tu nous en dire plus ?

M. C-F : L’homme pressé est un mec qu’on a vu à Cotonou. Norbert m’a raconté son histoire et j’ai eu envie d’écrire sur lui. C’est un fou qui marche dans la rue torse nu, en guenille. Il marche tout droit, hyper vite. Il ne s’arrête jamais. Il ne regarde personne. Dans la pièce cette partie là est jouée sur le principe d’« un-deux-trois soleil ». C’est-à-dire que je dis le texte face au public. Norbert, Mathias et Caroline dansent derrière. Quand je me retourne ils s’arrêtent. Cette scénographie sert le texte. Ce mec qui semble très dynamique, est comme beaucoup de fous et de clochards, quelqu’un d’immobile. Dans le texte je dis que l’homme pressé est un monument. On le retrouve toujours quand on revient. Dans une ville les clochards sont toujours là dans la rue, ce sont les seuls que tu croises et  recroises. Ce sont eux finalement qui  jalonnent ton rapport à la cité. C’est un souvenir, comme une plage, comme un soleil couchant.

Th.D. : Dans toute la pièce tes textes rythment le mouvement comme de vraies percussions. Les rimes et les allitérations jouent le même rôle que les instruments de Mathias.

M. C-F : Dans ce que je fais, et par correspondance avec ce que fait Mathias et les autres aussi, le rythme est très important. Il n’y a pas de musique dans la pièce. A part peut-être sur la partie du looper de Mathias, où il empile les sons. C’est un choix de ne pas avoir utilisé de musique enregistrée. Donc, que ce soit avec le texte, dans la musique des mouvements, il faut qu’on impose un rythme. C’était assez difficile à envisager au début. C’est la première des contraintes. Moi je crois, et on croit tous, que tout est rythme, tout est musicalité. Il y a beaucoup de personnes qui font ça, notamment dans Dancer in the Dark, où Björk jour le rôle d’une ouvrière aveugle. Dans le film tous les bruits des machines deviennent musique.

Th.D. : Vous terminez le spectacle sur cette question : « Tu te demandes qui tu es ? »

M. C-F : En fait, ce n’est pas vraiment une question. On impose aux spectateurs de se poser la question. Oui,  un spectacle sans question est de fait prosélyte, et ça ne nous intéresse pas. Evidement quand on aborde les problématiques de frontières, de traditions, on est obligé de poser des questions, on ne peut pas affirmer des choses, puisque tout est perpétuellement en mouvement. On peut jalonner notre réflexion d’idées, de bornes de pensées. De toute façon se poser des questions est la seule chose intéressante. Répondre n’a aucun intérêt. Il faut poser les bonnes questions.

Et alors…si je savais? se jouera au NECC de la Maison-Alfort les 27, 28 et 29 mars 2011.

Entretien réalisé par Elsa Nadjm