Archives de Catégorie: Conversations

En passant

Avec la nouvelle création de la cie la main d’œuvres, on ne dormira pas ! Qu’elles soient choisies ou non, qu’elles traduisent l’incapacité à se laisser aller ou la volonté passionnée de garder les yeux grands ouverts, Les insomnies deviennent objet … Lire la suite

RENCONTRE – Létée, la mise en scène lumineuse d’un texte énigmatique

Vaporeux, à l’image de la mémoire,  LETEE ne se laisse pas saisir aisément.  C’est un beau défi que relève Et compagnie en portant au plateau le texte de Stéphane Jaubertie. Afin d’éclairer les choix de cette mise en scène audacieuse, la représentation du samedi 13 décembre s’est poursuivie par un échange entre l’équipe de création, Françoise Du Chaxel, directrice de la collection Théâtrales Jeunesse, et les spectateurs du théâtre Dunois. Animée par Dominique Duthuit, la discussion a permis d’appréhender les ressorts (image, jeu, scénographie, etc.) d’une interprétation scénique qui, tout en restituant la tension entre rêve et réalité inhérente au texte, offre au spectateur la possibilité de se saisir de cette énigme.

L’intégralité de la rencontre est disponible à l’écoute en suivant ce lien!

RENCONTRE – Art d’habiter, intimité et rapport aux objets

Samedi 22 novembre, à l’issue de la représentation de HOME // EV – Mondes intimes, la compagnie Litécox a rencontré le public du Théâtre Dunois. L’échange, animé par Matilde Valenciaca et Lydia Zeghmar de l’association pour la promotion des danses et musiques du monde Ethnomusika, a permis de mettre en lumière les interrogations qui ont nourri la création. Source d’inspiration, l’oeuvre de l’architecte-designer Charlotte Perriand, a permis à Daisy Fel, chorégraphe du spectacle, de questionner  le rapport que nous entretenons à l’habitat et aux objets. C’est à travers le mouvement des corps et leurs interactions avec l’univers géométrique et coloré du décor que l’appropriation des espaces trouve ici sa source.

L’intégralité de la rencontre est disponible à l’écoute en suivant ce lien!

Qui s’y frotte…

Propos recueillis par Céline Viel, La Gazelle – le journal du théâtre Dunois – octobre 2013, n°27

Connaissez-vous la « tribologie » ? La compagnie Les Ouvreurs de Possibles nous découvre les mystères de cette science méconnue dans le cadre d’une conférence ludique. Éclaircissements de Delphine Bachacou et Jean-Philippe Costes-Muscat, auteurs et interprètes du spectacle.

Vous avez découvert la « tribologie » en vous intéressant à toute la gamme des frottements qui rythment notre quotidien…
Ce sont nos interventions chorégraphiques dans l’espace public qui nous ont conduit à nous intéresser à la question du frottement. Nous avons pu observer comment les gens en traversant un lieu se croisent mais aussi s’effleurent, se bousculent… Il existe ainsi toute une palette de frottements très éclectiques qui concernent le corps de chacun, son rapport aux lieux qu’il traverse, et bien sûr sa relation aux autres. En approfondissant nos recherches, nous avons découvert l’existence de la « tribologie », qui est, à l’origine, l’étude de tous les frottements mécaniques, industriels et biologiques. Cette science montre comment les frottements déterminent notre quotidien. Elle décrit leurs effets, comme l’usure, l’altération. Cela nous a donné l’idée de mettre en scène une conférence ludique, qui montre comment tous ces frottements nous transforment. Nous évoquons dans un premier temps des gestes aussi simples que tenir un crayon, se laver les dents, se raser… Comment deux corps entrent-ils en contact, quelle résistance opère, quel glissement en résulte ? Nous expérimentons ces mouvements en nous muant tour à tour en conférencier et en petits rats de laboratoire…

Représenter toute cette gamme de frottements, c’est aussi inviter le public à mettre en question la manière dont nous vivons ensemble. D’où le titre de votre compagnie : « Les Ouvreurs de Possibles »…Avec des projets comme « Entre là » ou les « Haïkus chorégraphiques », la manière dont nous intervenions dans les lieux incitaient les gens à découvrir autrement l’espace qu’ils traversaient quotidiennement sans pour autant y prêter attention. La plupart du temps, quand nous nous rendons au travail le matin, nous traversons une place ou des rues sans les voir et sans faire attention aux gens que nous côtoyons. Il y a comme un temps vide, « entre » notre point de départ et celui de notre destina-tion. Nous sommes quasiment en apnée, nous avons souvent le réflexe de nous couper de ce temps vécu, celui du chemin à faire. C’est un trajet subi, imposé dont nous voudrions bien nous abstraire. En nous immisçant en tant qu’artistes au coeur de ces espaces que les gens traversent un peu à l’aveugle, nous les invitons à s’arrêter, à ouvrir la voie d’une autre circulation possible, pour que « circulent » justement des liens vivants entre les êtres et tout ce qui les environne. Ce public qui est un public de hasard est souvent touché, car l’expérience que nous partageons avec les spectateurs agit en eux au-delà du moment de la performance pro¬posée. Notre désir est de frayer ainsi de nouveaux chemins et de rendre possible d’autres manières d’être au monde.

Vous avez conçu un spectacle ludique et familial…
En approfondissant nos recherches sur les frottements, l’idée d’une conférence loufoque s’est très vite imposée. Le thème en soi contient la matière d’un traitement plus grave qui conviendrait mieux à un public exclusivement adulte et que nous développerons peut-être dans une prochaine création. Mais quand nous avons démarré les répétitions, la part de jeu l’a très vite emporté. En nous appuyant sur des connaissances sérieuses, nous avons eu tout de suite envie d’introduire un univers onirique et décalé. Nous jouons avec les corps mais aussi avec les mots, et les sons. Christophe Cagnolari, qui a composé la musique du spectacle, intervient en direct sur la scène, et ses instruments deviennent des acteurs à part entière de ce ballet de frottements. Il y a parfois une dimension clownesque dans les expériences que nous menons, et en même temps la pièce questionne de manière symbolique la beauté de se frot¬ter au monde. Enfant, adulte, chacun pourra puiser le sens qui est à sa portée, car notre ambition est de nous frotter au public avec un travail exigeant mais soucieux de rester accessible à tous.
Du 6 au 17 novembre 2013
La tribologie des humains | Danse | Musique | 7+ |
Cie Les Ouvreurs de Possibles

La réforme des rythmes scolaires et le spectacle jeune public

« La fréquentation des lieux culturels par les enseignants et leurs élèves relève-telle d’une certaine clandestinité ? La réforme des rythmes scolaires semble
faire l’impasse sur ces échappées hors des enclaves où s’inculquent les «
savoirs fondamentaux ». La découverte des oeuvres vivantes dans leurs lieux
de fabrique est un moment de partage et d’appréhension des complexités du
monde, complémentaire à l’apprentissage scolaire, qu’il serait très dommage de
retirer des prérogatives des enseignants. »
Nelly Le Grévellec

Pour retrouver l’intégralité de la rencontre qui s’est tenue au théâtre Dunois le mardi 26 mars 2013 :
Télécharger ici le fichier son

Un « Petit Prince » argentin

Interview de Ezequiel Spucches, propos recueillis par Céline Viel
in La Gazelle n°25, janvier-mars 2013

Direction Buenos Aires : pour mieux pénétrer les mystères de cette ville mythique, il est peut-être plus sûr d’emprunter la voie du conte…
Entretien avec Ezequiel Spucches, créateur du spectacle.

Vous avez choisi un auteur phare de la littérature argentine, Manuel Mujica Láinez, qui a créé toute une mythologie autour de la ville de Buenos Aires. Par le biais de contes fantastiques, il cherche aussi à cerner la réalité de la ville…
Manuel Mujica Láinez appartient à la génération de Borges et fait partie des plus grands auteurs de cette génération. Le conte que nous mettons en scène, « Le petit bonhomme de Buenos Aires » est tiré d’un recueil intitulé « Misteriosa Buenos Aires » à travers lequel l’auteur a effectivement cherché à créer une sorte de mythologie fantastique de la ville. L’intrigue de chaque conte se déroule à un moment précis de l’histoire de la ville. Le premier conte se situe en 1536, date de la première fondation de Buenos Aires, au moment où les amérindiens et les espagnols sont en guerre. Ainsi, tout au long du recueil, on peut voir l’évolution de la ville. Le conte que nous avons choisi se situe en 1875, époque où de nombreux européens viennent s’installer à Buenos Aires. Cela transparaît dans l’invention de ce bonhomme confiné dans un carreau de céramique, lui même importé des faïences de Dèsvres. La capitale a vécu toute une période sous influence européenne. Cela se voit en particulier dans l’architecture, avec des immeubles très inspirés par les constructions haussmanniennes. Il y a donc une dimension réaliste très forte, mais ce qui est intéressant, c’est qu’elle s’exprime par le biais du fantastique. C’est vraiment propre à la culture argentine, et ce n’est pas évident à saisir. Mais les éléments improbables, irrationnels font partie inhérente du quotidien et interfèrent sans cesse avec le réel. C’est comme si l’œuvre des grands auteurs argentins cherchait à appréhender une réalité très difficile à cerner. Dès l’origine, si l’on remonte aux débuts de la conquête du pays par les espagnols, le territoire était mythifié. On croyait à l’Eldorado, on s’imaginait qu’il recelait des richesses fabuleuses. Cette tradition de littérature fantastique a continué à marquer les écrivains des générations suivantes, avec des récits très sombres, des contes noirs pour adultes. Il faut dire aussi qu’après les années 50, les coups d’état et la succession des régimes militaires ont interdit toute liberté d’expression. D’où le recours privilégié à des fictions fantastiques qui permettent d’évoquer la réalité sans être trop explicite.

Étrangement, c’est la mort, qui au début du conte, nous raconte l’histoire… 
En fait il y a un seul comédien-narrateur qui va prendre en charge tous les personnages. Il nous a semblé que c’était le choix le plus judicieux pour donner à entendre ce texte qui, en soi, a vraiment valeur de partition musicale. Cette présence de la mort est importante dans le conte et comporte une dimension autobiographique. Manuel Mujica Láinez a subi vers l’âge de 5 ans un accident qui a failli lui coûter la vie. Il est resté un moment entre la mort et la vie, et s’est trouvé alité pendant un an. Sa mère et ses tantes passaient leur temps à lui raconter des histoires pour faire passer le temps, et l’auteur explique que c’est cette expérience qui l’a déterminé à devenir écrivain. L’histoire du « petit bonhomme de Buenos Aires » est influencée par cet épisode de la vie de Láinez. Dans le conte l’enfant est gravement malade et la mort l’attend. Cette dernière entame donc le récit pour décrire comment elle s’est fait piéger par le bonhomme de céramique qui été devenu le confident et l’ami de l’enfant. Ce conte fait partie des grands classiques de la littérature en argentine, un peu comme « Le petit prince » en France. J’ai eu envie de l’adapter comme un conte musical car il nous parle aussi de Buenos Aires à l’époque où les musiques comme la Milonga et le tango commencent à se développer. Et puis l’histoire de ce bonhomme de céramique, importé de France, isolé dans son carreau de faïence, a évidemment touché les musiciens de notre ensemble qui réunis des solistes d’origine argentine établis en France. Nous avons fait le chemin inverse…

A l’image du texte de Manuel Mujica Láinez, la partition que vous avez conçue pour le spectacle s’inspire librement des musiques traditionnelles tout en soulignant les références géographiques et culturelles du récit…
Nous avons vraiment voulu écrire une musique qui soit subordonnée au texte, et qui dialogue sans cesse avec lui. Le travail pour cette pièce se rattache à l’univers de « tango transfiguré » qui incarne un des axes de travail que nous menons avec l’ensemble AlmaViva. L’idée est de faire entendre le tango et ses métamorphoses à travers une création originale inspirée de cette musique, mais avec un traitement résolument contemporain. Sur scène, un quatuor – flûte, violoncelle, guitare et piano- raconte tout aussi activement l’histoire que le narrateur. Le piano, par exemple, va évoquer le puits où la mort attend l’enfant. Ce puits a une valeur symbolique dans les maisons coloniales du XIXème siècle. Il est situé au cœur du patio. L’idée est de suggérer les lieux, en s’appuyant sur les jeux de lumière qui découpent des espaces successifs. Et les musiciens sont pleinement intégrés dans ce jeu.

Du 13 au 24 février 2013
« Hombrecito : Le Petit Bonhomme de Buenos Aires »
Théâtre | Musique | 8+ | AlmaViva Ensemble

new-hombrecito-petit1

new-hombrecito-petit2

Le savoir du plus petit

Propos recueillis par Céline Viel in La Gazelle – le journal du théâtre Dunois – n°25

Le Teatro delle Briciole présente une version inédite du « Petit Poucet » qui met en scène des enfants choisis parmi le public. Convaincu que le Théâtre reste par excellence un lieu archaïque d’initiation, ces artistes italiens mènent depuis plus de trente ans des recherches passionnantes en direction du jeune public. Entretien avec l’un des membres du collectif : Flavia Armenzoni.

Un enfant pris au hasard dans le public pour incarner le Petit Poucet…  N’est-ce pas un choix risqué, surtout quand on s’adresse aux tout-petits ?  
En choisissant le conte du « Petit Poucet », nous avions envie d’approfondir le travail entamé avec notre précédent spectacle intitulé « La poupée dans la poche » : les enfants se retrouvaient déjà sur le plateau, au même niveau que les comédiens. Le défi consistait à expérimenter comment on peut passer du jeu d’enfant au jeu de théâtre. Ce que nous avons eu envie d’approfondir avec l’adaptation du « Petit Poucet », c’est le travail sur les rituels d’initiation. Nous vivons dans une société où le sens de ces rituels se perd, et nous pensons que le théâtre est par nature un art qui conserve une sorte de dimension archaïque. C’est sans doute lié au mystère de la présence qui se joue sur la scène, et qui collectivement, le temps d’une représentation, prend un caractère sacré. L’enfant qui va incarner le Petit Poucet va devoir traverser des épreuves, et surmonter sa peur de l’abandon. Le fait de quitter le public pour se retrouver sur le plateau l’oblige à affronter une peur réelle. Est-ce que ce qu’il vit à ce moment est vrai ? Est-ce que cet acteur qui joue en face de lui est un personnage ? Un homme réel ? N’oublions pas que cela concerne les très jeunes enfants, aux alentours de quatre ans. Chaque représentation est très différente du fait que le principal protagoniste change à chaque fois et que les comédiens ne peuvent anticiper ses réactions. De plus, l’enfant sur le plateau n’est pas traité en star. Il est avant tout perçu comme le représentant de la communauté présente dans le théâtre. …

Ce genre d’initiative suppose beaucoup de spontanéité, et pourtant elle ne s’improvise pas… 
C’est effectivement le fruit d’un constant travail de recherche. Nous avons toujours détesté les rôles où des comédiens adultes interprètent des personnages d’enfant. Mais faire monter des enfants sur un plateau n’a rien d’anodin et il est très important de bien comprendre comment les tout-petits peuvent réagir. C’est la raison pour laquelle pendant le travail de création, nous faisons déjà intervenir des enfants, que nous construisons le spectacle en testant leurs réactions. C’est une méthode de recherche continue et minutieuse. Nous sommes allés dans ce sens car nous cherchons à nous renouveler pour continuer à toucher le jeune public. Les enfants changent sans cesse et de plus en plus vite, et le théâtre destiné à la jeunesse est un domaine très sensible car on touche à la transmission du désir de théâtre. Il y a une volonté d’engagement politique car ce théâtre permet de s’adresser à tous, quelle que soit la classe sociale, et d’établir un lien vivant avec ce public. Cet engagement nous permet de nous sentir vraiment utiles.

Le Teatro delle Briciole a un statut original. Ce n’est pas à proprement parler une compagnie, mais un lieu de création qui accueille d’autres artistes et les sensibilise aussi à l’intérêt du jeune public. 
Nous avons d’abord monté une compagnie dont la vocation était la création de spectacles jeune public. C’était il y a trente cinq ans ! Aujourd’hui nous disposons d’un lieu de création et de production à Parme, et nous essayons de faire évoluer le théâtre jeune public en Italie. En ce moment, la situation de crise ne facilite pas les initiatives. Mais nous essayons d’impliquer d’autres artistes. Nous avons initié en 2010 un chantier de création intitulé « Nouveaux regards sur le jeune public ». L’idée était de confier à de jeunes équipes émergentes de la scène italienne qui travaillent ordinairement pour un public adulte, des spectacles destinés aux enfants. Nous avons retenus trois compagnies, dont le Teatro Sotterraneo, qui présentera au théâtre Dunois « La République des Enfants ». C’est une forme très originale qui, là encore, suppose la participation des jeunes. Deux comédiens proposent au public de fonder, le temps d’une représentation, une sorte de micro-nation. Les enfants, avec les artistes, vont se demander comment on peut fonder une démocratie. Les frontières de la cité sont concrètement délimitées par les murs du théâtre. Le peuple, c’est le public. Il décide des règles que la communauté devra respecter. Il se demande qui peut décider de faire respecter ces règles. Il faut voter… A chaque représentation, c’est donc très différent. Le spectacle a tourné dans toute l’Italie, parfois avec des salles de cinq cent enfants, ce qui est impressionnant. Les enfants éprouvent de manière vivante cette « citoyenneté » qu’ils appréhendent d’ordinaire de manière théorique dans les manuels scolaires. Ils comprennent que c’est à eux que revient la responsabilité de changer le monde, et c’est tout le sens de notre propre engagement.

Deux spectacle du Teatro delle Briciole voir au théâtre Dunois :
Du 8 au 11 janvier 2013 « La République des Enfants »
Du 12 au 20 janvier 2013 « L’ogre déchu »

La République des enfants

La République des enfants