En passant

Avec la nouvelle création de la cie la main d’œuvres, on ne dormira pas ! Qu’elles soient choisies ou non, qu’elles traduisent l’incapacité à se laisser aller ou la volonté passionnée de garder les yeux grands ouverts, Les insomnies deviennent objet de poésie au théâtre Dunois. Une occasion pour nous de questionner ces phases de résistances au sommeil que nous traversons tous un jour ou l’autre. Entretien avec le docteur Royant-Parola, psychiatre,  responsable du centre d’exploration du sommeil.

Les recherches sur le sommeil semblent assez récentes, un peu comme si il y avait là quelque chose de radicalement mystérieux alors que nous passons paradoxalement un tiers de notre vie à dormir…
Si le rêve a fait coulé beaucoup d’encre depuis l’antiquité, il est vrai que les recherches sur le sommeil se sont essentiellement développées à partir de 1850. Quelques écrits remontent aux grecs mais longtemps, on a envisagé le sommeil comme une suspension de tout. On savait que le cœur ne s’arrêtait pas, mais on pensait que toute activité mentale cessait, que l’âme sortait du corps. D’où l’idée de temps suspendu. De nombreuses croyances privilégiaient l’idée qu’il ne fallait pas réveiller une personne endormie car elle risquait de ne pas avoir le temps de se reconstituer, et par là de mourir… Le sommeil a donc été longtemps considéré comme un mystère. Les recherches scientifiques ont démarré au milieu du XIXe siècle où l’on voit des médecins qui se mettent à observer les patients endormis, à étudier leur fréquence cardiaque, les variations de températures, les mouvements oculaires, l’inertie des membres… Mais ce n’est qu’à partir des années 1950 que se développent les recherches fondamentales, avec la découverte des différents stades du sommeil. Notre cerveau reste bien en activité, comme notre corps, et contrairement aux idées reçues, le sommeil n’est pas du temps perdu car il serait non productif. C’est plutôt l’inverse, car il est véritablement le complément de l’éveil.

On parle de sommeil « réparateur », mais vous évoquez aussi le fait qu’il est « créateur »…
Oui, le sommeil a des fonctions diverses. Les chinois le représentent bien en le désignant comme le complément de ce qui se passe pendant l’éveil. On ne « fonctionne » pas bien dans la journée si l’on a mal dormi et l’inverse est vrai aussi. Au début du siècle dernier, on avait émis l’hypothèse que le sommeil permettait d’éliminer les scories de la journée, et des travaux récents ont confirmé l’idée que le sommeil permet de laver les neurones, de les restaurer. Nous accumulons tout au long de la journée des substances du sommeil qui vont nous permettre de nous endormir. Le fait de dormir dégrade au cours de la nuit cette substance (nommée peptide) qui retourne au niveau zéro quand la personne se réveille. La bascule dans l’endormissement met en œuvre toute une alchimie qui permet d’arrêter les systèmes d’éveil et d’activer les systèmes de sommeil. Mais le fait de dormir ne se limite pas à nous « réparer ». Le sommeil joue un rôle actif de construction en permettant aussi d’assembler à sa manière toutes les expériences accumulées au cours de la journée. Notre cerveau déploie toute une activité qui ne se limite pas aux rêves. Dans le sommeil se rejoue ce qui s’est passé la veille et qui se mue en nouvelle expérience. Il y a ainsi un travail de mise en forme, de liaisons multiples dont on n’a pas conscience. En cela, le sommeil est un bâtisseur.

Vous évoquez les fonctions du sommeil. Est-ce que les insomnies auraient aussi une fonction ?
Le phénomène de l’insomnie est difficile à étudier car les expériences sont délicates à mettre en place. Les patients sont peu enclins à dormir en laboratoire et la situation même de l’expérience les angoisse encore plus. Il faut bien distinguer les insomnies de l’éveil voulu et entretenu au milieu de la nuit. L’artiste, le créateur qui profite du calme offert par la nuit n’est pas un insomniaque. L’insomniaque est celui qui ne parvient véritablement pas à s’endormir et qui subit une dérégulation complexe des mécanismes qui font intervenir des centres de contrôle situés dans notre cerveau. L’insomnie est un symptôme fréquent puisqu’elle touche 20 à 30 % de la population. Ses causes sont diverses. Elles peuvent naître de l’anxiété qui provoquent souvent des difficultés d’endormissement mais peut perturber le sommeil à n’importe quel moment de la nuit. La dépression est aussi une cause d’insomnie qui agit le plus souvent en seconde partie de nuit. Moins connue, il y a aussi l’insomnie psychophysiologique qui se crée à partir d’une expérience initiale d’insomnie suivie par la peur de ne pas dormir. Les causes peuvent être également liées à des maladies qui gênent le sommeil, mais on ne pourra parler d’insomnie en tant que pathologie qu’à partir du moment où ce mauvais sommeil a des conséquences sur la qualité de la journée.

Il y a la peur de ne pas trouver le sommeil, mais n’est-elle pas également liée à une peur du sommeil lui-même, comme synonyme d’abandon ?
La peur de s’endormir est une expérience courante dans l’enfance. Il est certain que l’enfant qui se sent en position d’insécurité pour des raisons diverses parvient difficilement à s’endormir. Et il n’y a rien de pire que les parents qui donnent un somnifère à l’enfant. C’est le meilleur moyen pour l’enfant d’incorporer la peur qu’il a de s’endormir. S’endormir suppose un sentiment de sécurité car le sommeil nous rend forcément très vulnérables. Il faut à la fois s’extraire de la pression extérieure et de nos éventuels conflits intérieurs pour se laisser aller… Etre suffisamment serein pour accepter ce moment où l’on ne maîtrise pas les choses. Cela suppose aussi un état d’harmonie avec son environnement. Je pense par exemple à l’évolution de notre civilisation qui tend à rompre avec l’ancienne alternance jour/nuit, par le contrôle de la lumière. Quels sont les impacts physiologiques ? Les récentes recherches insistent sur le fait que plus nous sommes dans un système en accord avec notre environnement, plus le sommeil est récupérateur. Nous ne savons pas à long terme quels seront les impacts des nouveaux rythmes de sommeil. Si l’on prend le travail de nuit, le recul est déjà suffisant pour comprendre qu’en modifiant les rythmes du sommeil, les risques de maladie sont plus importants.

Dans une société qui se veut de plus en plus productive, le temps consacré au sommeil tend à baisser. N’est-ce pas un phénomène inquiétant ?
Les recherches ont montré que depuis les années 1970 les adultes ont perdu en moyenne une heure de sommeil. Le stress lié aux conditions de vie moderne explique en grande partie ce phénomène. Mais on ne peut pas dire que les gens au XIXe siècle ou avant connaissaient moins de soucis. Les familles dans les campagnes dormaient peu. Elles se levaient tôt et se couchaient tard. Les changements tiennent davantage à un mode de vie où l’organisation du travail, le temps passé dans les transports et surtout les nouvelles activités nocturnes génèrent une activité cérébrale qui finit par empiéter sur le temps de sommeil. Cela devient surtout problématique pour les adolescents qui ont perdu deux heures de sommeil à un âge où ils en ont davantage besoin. Le temps passé devant les écrans est devenu réellement délétère. Les jeunes qui se réveillent la nuit se connectent immédiatement à leurs appareils électroniques. Ces nouveaux comportements modifient le déroulement de la nuit qui n’est plus un temps isolé où tout s’arrête. Cela génère des sensations de fatigue accrue dans la journée et le phénomène tend à devenir un véritable problème de santé publique.
* Hamlet, Shakespeare

Propos recueillis par Céline Viel in La Gazelle, le journal du théâtre Dunois

A ne pas manquer
Théâtre / Musique / Arts plastiques / 9+
LES INSOMNIES, la nuit qui m’avait tant servi
Un spectacle Du 18 au 29 mars 2015
Cie la main d’œuvres
Librement inspiré de l’œuvre de René Char
Conception Sébastien Dault

Vidéo

BELLE SAISON – Table ronde – Une histoire du théâtre pour la jeunesse : du bouillonnement créatif au retour de la censure

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Dans le cadre de La Belle Saison avec l’enfance et la jeunesse, sous la houlette du ministère de la culture, le théâtre Dunois, la MGI – Maison du geste et de l’image et la Compagnie Praxinoscope initient trois tables rondes autour du spectacle vivant en direction de la jeunesse en partenariat avec le Théâtre Paris-Villette et La Maison des métallos et avec la participation de l’ INJEP.

Ce mercredi 11 février, le théâtre Dunois a accueilli la première rencontre autour du thème:  « UNE HISTOIRE DU THEATRE POUR LA JEUNESSE : DU BOUILLONNEMENT CREATIF AU RETOUR DE LA CENSURE »

A cette occasion,  Geneviève Lefaure (Présidente de Scène(s) d’Enfance et d’Ailleurs), Sandra Gaviria (Sociologue, maître de conférences université du Havre)  Jean-Philippe Pierron (Agrégé, docteur en philosophie et maître de conférences spécialité « éthique et droit » à la faculté de philosophie de l’université Jean Moulin, Lyon III. Membre du Comité Régional d’Ethique de Bourgogne. Auteur de « Où va la famille », Les Liens qui Libèrent Editions), Dominique Berody (Délégué à la jeunesse, CDN de Sartrouville),  Emilie Le Roux (Cie Les Veilleurs, metteure en scène de « Mon frère, ma princesse », de Catherine Zambon) et Jean-Claude Lallias – Conseiller Théâtre/ Délégation aux arts et à la culture/Réseau Canopé se sont rassemblés pour mettre en lumière les évolutions du théâtre destiné à la jeunesse depuis la seconde guerre mondiale.

Table Ronde – Théâtre Dunois from Maison du geste et de l’image on Vimeo.

Pour accéder directement à la page, cliquez ici.

Modération : Françoise Sabatier-Morel, journaliste pour Télérama

Vidéo

Une semaine dans les écoles.

Suite aux événements tragiques survenus les 7, 8 et 9 janvier 2015 derniers un plan Vigipirate « alerte attentat » été mis en place en Ile-de-France. Jusqu’à nouvel ordre, les enfants ne sont plus autorisés à sortir des écoles, les représentations scolaires du théâtre Dunois ont donc dû être annulées.

parce qu’aller au spectacle c’est découvrir un univers nouveau et singulier, éveiller sa sensibilité et former son esprit critique,
parce qu’il nous semble important de faire au mieux pour maintenir la rencontre entre les artistes et les élèves,
parce qu’il est important de rester mobilisés…
Pour cela, l’équipe du Théâtre Dunois et la Cie Aller Retour se sont déplacés dans les écoles toute la semaine à la rencontre des élèves qui auraient dû assister aux représentations de Dans(e) la forêt.
Pour rentrer dans l’univers du spectacle, la rencontre commence par la projection de la « bande annonce »

Tiser DLF from alleretourdanse on Vimeo.

Place à la danse… Les danseurs présentent ensuite trois extraits du spectacle, un moment fort pour l’équipe artistique comme pour les enfants. En effet, les lieux dans lesquels se déroulent les rencontres (BCD, préau, salle de classe …), imposent une proximité entre les danseurs et les enfants ce qui crée une belle écoute et un échange de grande intensité.

DANS(E) LA FORÊT dans les écoles from theatre dunois on Vimeo.

Pour conclure le chorégraphe Jesus Hidalgo répond aux nombreuses questions des enfants. Les enfants rejoignent leur classe avec une invitation leur permettant de venir découvrir le spectacle en famille sur les représentations du week-end.

ecole cardinal amette 3

ECOLE BOBILLOT

GRANDS MOULINS
Jesus, Mira, Emmanuela et Cécilia (cie alleretour ont rencontré près de 400 enfants dans les écoles suivantes :
– école élémentaire Du Clos, 18 rue Du Clos 75020 : 2 classes de CP et une classe de CM1
– école élémentaire cité voltaire, 8 cité Voltaire 75011 : 1 classe de CP, 1 classe de CE1, 1 classe de CE2
– école élémentaire Cardinal Amette, 5 place du Cardinal Amette, 75015 : 2 classes de CP
– école élémentaire Bobillot, 31 rue Bobillot 75013 : 1 classe de moyenne section et 3 classes de grande section
– école élémentaire des Grands Moulins, 47 rue des grands moulins 75013 : 70 enfants de classes élémentaires (dans le cadre des ARE, en partenariat avec le Théâtre de la Ville).
– école élémentaire Dulcie September, allée Chanteclaire à Ivry : 5 classes de CP, CE1 et CE2.

DANS(E) LA FORÊT – La forêt comme espace d’inspiration

Tantôt  inquiétante, tantôt rassurante, la forêt et les êtres qui la peuplent nourrissent depuis toujours notre imagination. En bouleversant nos représentations de cet espace extra-ordinaire, Jésus Hidalgo et la compagnie AlleRetour proposent avec le spectacle Dans(e) la forêt une vision onirique et sensible de cet univers. A l’issue de la représentation du samedi 10 janvier, une rencontre animée par Matilde Valenciaca et Lydia Zeghmar de l’association Ethnomusika, a permis aux chorégraphes et danseurs d’échanger avec le public sur les différents éléments de ce travail chorégraphique. A travers le choix des personnages, leur interprétation masquée, la scénographique et la musique, c’est bien notre rapport à la peur qui est ici bousculé !

L’intégralité de la rencontre est disponible à l’écoute en suivant ce lien !

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RENCONTRE – Létée, la mise en scène lumineuse d’un texte énigmatique

Vaporeux, à l’image de la mémoire,  LETEE ne se laisse pas saisir aisément.  C’est un beau défi que relève Et compagnie en portant au plateau le texte de Stéphane Jaubertie. Afin d’éclairer les choix de cette mise en scène audacieuse, la représentation du samedi 13 décembre s’est poursuivie par un échange entre l’équipe de création, Françoise Du Chaxel, directrice de la collection Théâtrales Jeunesse, et les spectateurs du théâtre Dunois. Animée par Dominique Duthuit, la discussion a permis d’appréhender les ressorts (image, jeu, scénographie, etc.) d’une interprétation scénique qui, tout en restituant la tension entre rêve et réalité inhérente au texte, offre au spectateur la possibilité de se saisir de cette énigme.

L’intégralité de la rencontre est disponible à l’écoute en suivant ce lien!

RENCONTRE – Art d’habiter, intimité et rapport aux objets

Samedi 22 novembre, à l’issue de la représentation de HOME // EV – Mondes intimes, la compagnie Litécox a rencontré le public du Théâtre Dunois. L’échange, animé par Matilde Valenciaca et Lydia Zeghmar de l’association pour la promotion des danses et musiques du monde Ethnomusika, a permis de mettre en lumière les interrogations qui ont nourri la création. Source d’inspiration, l’oeuvre de l’architecte-designer Charlotte Perriand, a permis à Daisy Fel, chorégraphe du spectacle, de questionner  le rapport que nous entretenons à l’habitat et aux objets. C’est à travers le mouvement des corps et leurs interactions avec l’univers géométrique et coloré du décor que l’appropriation des espaces trouve ici sa source.

L’intégralité de la rencontre est disponible à l’écoute en suivant ce lien!

RENCONTRE – Des mots à la scène, adapter musicalement un texte

Samedi 8 novembre, à l’issue de la représentation de Gabriel et Gabriel, Aldo Brizzi, compositeur, John Dew, metteur en scène et Ezequiel Spucches, directeur artistique du spectacle ont échangé avec le public du Théâtre Dunois. Accompagnés de Claire-Sophie Dagnan, représentante des Editions Anacaona – Passerelle de diffusion de la littérature brésilienne en France, ils ont questionné les enjeux de l’adaptation musicale du roman de Pauline Alphen dont est inspiré le spectacle. Une rencontre riche de métissages !

L’intégralité de la rencontre est disponible à l’écoute en suivant le lien suivant : https://soundcloud.com/user283802863/gabriel-et-gabriel-des-mots-a-la-scene-08112014wma